21 janvier 2006
Premiers indices...
Sur la piste*...
Née à Montmartre, d’un an à dix ans, j'ai baladé mon baluchon de nourrice en nourrice, puis en pension...
*Piste :
.Trace laissée par un animal
. Ensemble d'indices, de présomptions
. Chemin rudimentaire
. De danse
. De cirque
. De décollage et d'atterissage d'avion
. Sonore
... de Thanna : Jaguar ou Puma ?...
...du Jaguar*...
Mon père, que je n'ai pas connu, est né et a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans au Brésil, dans la région de Sao Paulo. Son père était planteur de café...
* Jaguar :
Grand félin du Mexique et de l'Amérique du Sud, voisin de la panthère, à taches ocellées. (Long. 1,80 env.; nom sc. Panthera onca.)
...du Puma**...
Mi abuela, la mère de mon père, péruvienne dont le sang des incas a coulé dans ses veines...
** Puma : n.m. quechua
Le nom "puma" est d'origine quechua (tribu inca du Pérou). Le puma est l'espèce féline qui possède l'aire de répartition la plus large : elle s'étend de l'extrême sud de l'Amérique du Sud à l'extrême nord des Montagnes Rocheuses (Canada).
22 janvier 2006
20450 et des poussières...
À mi-parcours du tour de la terre, à raison d'un kilomètre par jour, zéro kilomètre les premières années, au ralenti les années qui ont suivi, accélération en pleine jeunesse, immobilisation par la maladie ou la paresse, un parcours haletant, récupération en dormant, mais au fait j'en ai oublié le plus important, il ne s'agit pas de kilomètres mais de temps, non pas de secondes, de minutes, d'heures mais de jours.
J'en ai déjà parcouru autant !...
23 janvier 2006
La vérité...je l'ai rêvée...
La vérité sur ma naissance, je l'ai rêvée. Trois nuits de suite, le même rêve où je voyais une photo d'un homme brun aux yeux noirs et j'entendais une voix qui me disait :"C'est ton père!" Le matin du quatrième jour, c'était un jeudi, le jour où il n'y avait pas de cours au lycée. J'avais treize ans et demi. J'étais seule dans l'appartement, j'ai cherché la photo. J'ai ouvert les portes, fouillé les placards et les tiroirs. Je n'ai pas pu ouvrir la porte de l'armoire dans la chambre de ma mère. Cette porte était toujours fermée à clef. J'ai tout retourné et je n'ai rien trouvé. Il me restait le rêve comme une écharde dans le pied. Je n'arrivais pas à m'en débarasser. Quelques jours plus tard, ma mère a piqué une colère en découvrant qu'une tornade était passée dans ses affaires si bien rangées. "Qu'est-ce qui te prends ? Qu'est-ce que tu cherches?" Muette, je la regardais fixement. Je n'avais pas peur d'elle mais je sentais que quelque chose allait me tomber sur la tête...
24 janvier 2006
Une histoire inouïe...
...D'un seul souffle, je murmurais à ma mère, le récit de mon rêve. J'étais assise, recroquevillée, le regard fixé au plafond... le ciel allait me tomber sur la tête ! La photo existait bien, mais je n'avais pas pu la voir avant. Ma mère a sorti la photo d'une boîte de bas nylon, caché sous une pile de draps dans son armoire toujours fermée. C'était la photo de mon père, le vrai, le géniteur
. "Il est né au Brésil, d'une mère péruvienne, d'origines espagnole et indienne. Il a vécu dans la région de Sao Paulo, son père était propriétaire d'une plantation de café. Il a un frère jumeau. Il avait deux jaguars auxquels il était très attaché comme toi et ton chat.
À l'âge de vingt ans, il a été emprisonné et condamné à mort pour son idéal politique. Il a été "racheté" par les femmes de sa famille. Il a pu ainsi s'évader et après un long périple... via le Mexique, il est arrivé aux États-Unis..."
Je ne posais aucune question à ma mère. Je l'écoutais me raconter cette histoire comme une enfant écoute un conte juste avant de s'endormir. "...Puis des années plus tard, la seconde guerre mondiale a été déclarée, il y a eu le Débarquement en Normandie. Ton père a survécu à Omaha Beach... Je l'ai rencontré trois ans après la fin de cette guerre. Un soir, alors que je rentrais à l'hôtel où nous vivions, à Saint Germain des Prés, deux agents fédéraux sont sortis d'une limousine noire. Ils m'ont demandé si je le connaissais, si je vivais avec lui et ils l'ont attendu avec moi."
Ma mère avait l'expression du drame sur son visage. "Ils l'ont emmené. Il y a eu le procès en cour martiale, il ne s'était pas fait démobilisé. Il était en prison militaire, à Paris, lorsque j'ai su que j'étais enceinte. J'ai voulu mourir, me jeter dans la Seine. Un passant m'en a empêché. Et tu es là ! Ensuite, il est parti faire la guerre de Corée... Je lui ai envoyé des photos de toi puis je n'ai plus eu de nouvelles."
Je ne posais toujours pas de question. J'en avais assez entendu. Pour moi, c'était un aventurier, un héros comme dans les livres ! J'ai regardé de nouveau la photo, je lui ressemblais...
02 février 2006
Nouveaux indices...un nom !
De quatorze ans à dix huit ans, d'un rêve de vérité je suis passée à de nombreux rêves de jours et de nuits. Comme le "Boléro" de Ravel, la répétition lancinante et obsédante du même mouvement où mon père m'enlevait pour vivre avec lui une vie d'aventures et de nature sauvage. Pour mes dix huit ans, je me contentais de m'offrir en cadeau de revoir sa photo. Ce qui provoqua "l'effet papillon" dans les émotions de ma mère. Un cyclone, une tornade, tant d'années après le coup de foudre... Le visage innondé de larmes, elle me murmura : "Je l'aime encore !"
J'ai regardé la photo, sortie de sa cachette. Ma mère m'a donné un papier tapé à la machine et écrit en anglais. Au bas de ce papier, d'une belle écriture, il y avait un nom, le nom de mon père, signé de sa main. Je passais et repassais mon doigt dessus. Contact ! Touchée !...
Voici le nom : PAETROVAR...
03 février 2006
Anagramme...pic et pic et colégramme !
Revenons à PAETROVAR, si vous avez suivi toute l'histoire...
Je vous propose quelques anagrammes "phonétiques" de ce nom :
PAAVORTER...TERRVAOPA...REVTROAPA...APATRO(U)VER...
d'autres formés qu' avec quelques lettres :
PATER...POETA...ARRA...
Vous en avez trouvé d'autres ?
Cela fait très longtemps que je cherche à travers le monde une personne qui porte ce nom, les lettres dans le bon ordre !
Malgé de nombreux annuaires, de nombreux sites, même celui des mormons...APATRO(U)VER.
Ce nom là, il me fait faire le tour du monde, mon père et ses ancêtres proches étaient à l'ouest (Amérique du Sud), ce nom m'envoie vers l'est (Hongrie, Russie, Yougoslavie...) pour repartir vers le Sud ( Afrique, Portugal, Espagne...)
D'autres pistes ?
17 février 2006
La voix des ancêtres…
Je n’avais pas téléphoné à cette amie depuis longtemps. Elle m’écoutait avec attention. Spontanément, elle me dit :
- Accepterais-tu d’être la voix-off du documentaire que je réalise en ce moment, sur les enfants Chachapoyas, au nord du Pérou.
Cette amie est péruvienne.
Je me préparais avec incertitude à partir en voyage au Brésil.
Depuis toujours, je m’étais fait le serment de poser les pieds sur la terre péruvienne avant de les poser sur la terre brésilienne.
Le Pérou venait à moi.
J’ai dit oui, je serai la voix-off française, à la première personne du singulier de ce documentaire raconté comme une histoire.
Le rendez-vous a été fixé. Le jour J, je suis restée sans voix !
Aphone…
Nous n’avons pu faire que quelques essais !
Nous avons repris rendez-vous.
Entre les deux, un mois s’est écoulé où j’ai pensé et médité. Ce qui m’a le plus intrigué : j'avais visité mes ancêtres bretons en forêt de Brocéliande avant de prêter ma voix à mes ancêtres péruviens et en dépit de l’espace et du temps, leurs fantômes se livraient bataille. Les ancêtres maternels contre les ancêtres paternels…
J’ai pris conscience de ma vie d’enfant, d’adolescente et d’adulte, bouche cousue, pieds et mains liés, par les non-dits et les secrets de famille…
Ça suffit !
J’ai levé l’interdit et j’ai libéré cette voix qui rugissait en moi.
Mon amie péruvienne m’a incitée à l’accompagner au Pérou. J’ai trouvé une place pour le même vol, le jour qu’elle avait décidé…
C’était un dimanche Fête des Pères, j’allais au Père où ?
Le hasard fait bien les choses !
À suivre...
21 février 2006
Arc-enciel, universel
-Qui es-tu Thanna ?
-Mon sang est arc-en-ciel, universel.
Mon histoire s’écrit de toutes les couleurs
Lorsque je la rencontrais pour la première fois, elle avait plus de mille ans et égaré ses vies d’avant. Elle ne se souvenait que de son nom, elle me le murmura à mon oreille : Tana. J’étais alors, une petite fille de neuf ans. Je fuyais tout le temps la vie réelle, je ne vivais que dans mes rêves. Chaque nuit, je la retrouvais dans ce monde « étrange et pénétrant » où je ne voyais et n’entendais qu’elle. Elle marchait pieds nus sur le sable et portait une robe fluide que le vent drapait sur son corps.
Pendant de longues années, elle a disparu, mais je la sentais toujours à mes côtés. Une nuit, je l’ai retrouvée en Afrique, au temps des esclaves. Enchaînée, elle venait d’être arrachée à l’homme qu’elle aimait, à ses enfants. Une autre fois, je l’ai reconnue à son regard d’ambre, métamorphosée en animal sauvage, superbe « lionne des montagnes », puma « esprit des chamans d’Amérique », bondissant des montagnes rocheuses à la cordillère des Andes.
Elle avait traversé l’Atlantique de nombreuses fois, je ne savais pas d’où elle venait ni qui elle était à l’origine, cependant je lui offrais l’hospitalité de mes rêves.
Ce qui peut sembler être une fiction, Dahud, est en fait une réalité « rêvée ». Je me suis toujours sentie « habitée » d’une présence inconnue. À neuf ans je ne savais rien de mes origines paternelles. Mes rêves racontaient la vérité, non dite.
J’ai ensuite cherché le nom de Tana, je ne l’avais pas vu écrit mais entendu. Tana, c’est un lac en Éthiopie (berceau de l’humanité), le Nil bleu (mythique) prend sa source dans le lac Tana… Tana, c’est aussi un fleuve au Kenya. C’est l’abréviation de la capitale de l’île de Madagascar. Nous sommes toujours du côté de l’Afrique de l’Est. Dans mes veines, par le Brésil, il coule aussi du sang noir.
Ensuite, plus récemment, par coïncidence, Tana est devenu Thanna. J’ai rencontré un livre en 2002, « Thana, les vents de Grand’Anse » de Louise Simard (écrivain du Québec). En lisant le résumé, j’ai été abasourdie :
« Capturée avec son mari, arrachée à sa famille, sa terre et son peuple, la fière Thana, fille du chef de la tribu Mesquakies (Canada), est vendue comme esclave sur une plantation martiniquaise…l’île aux fleurs en 1734.
Ensuite, le pseudo de Tana, déjà pris dans plusieurs endroits dont la SACEM où je suis membre, je l’ai écrit Thanna. À mon habitude, en jouant avec les lettres de Thanna, j’ai vu que je pouvais aussi écrire Nathan, mon double masculin ?
27 mars 2006
La part de vérité…
Ségolène, comme un messager, sur le bord de la route des contes, tu es là et tu me montres la direction des moindres indices…
L’adulte, que je suis devenue, regarde l’enfant tous sens aiguisés, que j’étais alors, observer sa mère qui lui distribuait, miette par miette, un bout d’histoire comme on donne un croûton de pain pour tromper la faim d’un enfant insatiable.
Cela a pris du temps pour séparer l’histoire des grands de celle de l’enfant. Comment discerner dans toute cette aventure rocambolesque la part de vérité ?
Enfant errante, je trimbalais mon petit bagage de nourrice en nourrice puis en pension sans passer par la case famille ou maison. J’étais le numéro 28. Je portais un prénom étrange et étranger qui n’avait jamais été sanctifié. J’étais dans un établissement catholique sans être baptisée. J’avais une mère absente et pas de père. Je ressentais surtout un manque d’identité, une partie de moi, non seulement n’était pas reconnue, pas respectée mais étouffée.
Dans vos chaumières, ne sortez ni les mouchoirs, ni les violons, je ne cherche pas à vous apitoyer sur mon sort. Je veux simplement vous dire que j’étais une enfant seule et déboussolée. Ce qui fait en même temps ma force et ma fragilité.
J’étais à Montmartre, plein Nord, l’Ouest et le Sud, les Amériques m’étaient interdites. Si je n’ai pas perdu le cap en écoutant ma mère égrener quelques indices, j’ai conscience, maintenant, que bien plus que les mots, je me fiais à mon instinct. Au mouvement de ses paupières, à la pose de sa main au coin de ses lèvres, à son corps qui prenait une position de fuite, je devinais qu’elle me mentait. J’étais un détecteur de faux indices. Ce qui est troublant, à l’été indien de ma vie, je me souviens précisément de ces nuances d’antan…
28 mars 2006
Le jeu de cette famille…
À Eden, Ségolène, Kitty, Nessy, yo et toutes celles et tous ceux qui s’arrêtent ici…
Les yeux dans la mer…
Face à elle. Fascinée par elle.
Les mots naissent et meurent au rythme des battements de cœur.
Force du vent. Force des éléments.
Attirée par elle, vivante, grondante, tonitruante !
Chuchoter, dire, hurler son nom…
La mer. La mère. Maman !
Morte il y a longtemps…
Les cris. L’écrit… d’une enfant.
Vous parler d’elle.
Yeux bleus intenses, peau blanche. Jamais bronzée.
Taille moyenne. Cheveux châtains.
Française, bretonne, picarde et plus encore.
Là vous ne savez presque rien.
Petite fille d’une mère non aimante et d’un père devenu fou.
Là vous savez tout.
Pourquoi continuer d’écrire. Pour dire.
Le drame des parents ce sont les enfants qui le porte.
Nous sommes tous des enfants.
Comment vous le dire ?
Je ne sais pas. Ça va venir. Pas facile.
Elle n’a jamais pu le dire. Si peu, si mal.
Elle avait honte. Ce n’était pas sa faute à elle.
La faute à qui ?
Au drame.
Dans la famille drame, je demande la grand-mère.
Pioche, bonne pioche !
Le grand-père, la mère, le père. Stop !
C’est trop facile. J’ai gagné une famille.
Dans la famille secret. Je demande la grand-mère, la mère…
Je vais encore gagner. Ce n’est pas du jeu.
C’est la vie !
Comment dire ce qui a toujours été si bien caché ?
Pourquoi le dire ?






