25 mars 2006
Connexion…
"Il y avait une connexion entre toutes choses, de l’étoile la plus lointaine dans les espaces infinis aux myriades d’atomes contenus dans le grain de sable sous son pied. Ce nouveau concept était un émerveillement perpétuel pour Martin, qui passait désormais son temps à rechercher les passerelles qui reliaient les objets visibles et invisibles, mêmes les plus incongrus, et se torturait l’esprit jusqu’à ce qu’il leur eût trouvé des affinités. Tout lui était bon : l’amour, la poésie, les tremblements de terre, le feu, les serpents à sonnette, les arcs-en-ciel, les pierres précieuses, les monstruosités, les couchers de soleil, le rugissement des lions, le gaz d’éclairage, le cannibalisme, la beauté, le meurtre, l’adultère, le centre de gravité et le tabac. Il unifiait ainsi l’univers et le contemplait, tantôt en bloc, tantôt en vrac, en se promenant dans ses allées, ses détours et ses jungles, non comme un voyageur sans but terrifié par l’épaisseur du mystère, mais comme un cartographe désireux de se familiariser avec tout ce qu’il y avait à connaître. Et plus il en savait, plus il admirait le monde, la vie en général et la sienne en particulier."…
Extrait de « Martin Eden »
de Jack London
Autodidacte, il fut marin, ouvrier, vagabond, chercheur d’or… avant de devenir l’un des romanciers américains les plus lus dans le monde entier. Martin Eden, publié en 1909, demeure son chef-d’œuvre incontesté.
26 mars 2006
Le réel…
Extrait de l’article paru dans Télérama n°2931 - rubrique Livres :
"La musique est l'horizon ultime de l'écriture"
à propos du livre "Entre les murs" de François Bégaudeau
"Télérama : … et votre envie de restituer le réel, vous vous en tirez comment ?
François Bégaudeau : Eh bien je m’en tire avec le détail . C’est à dire qu’au lieu d’essayer d’organiser la réalité comme le faisait Zola je pars du plus petit atome de réel possible : des gestes, des paroles. Je ne sais pas si le réel existe, je ne sais pas ce que je pense de l’école, je ne sais pas où va la société française. En revanche, je sais comment se tient Sandra quand elle parle et qu’elle vient à mon bureau. Je sais qu’elle a un pied sur l’estrade et un autre sur le sol et que du coup apparaît son anneau au nombril. Diviser le réel jusqu’au moment où il est indéniable, c’est aussi une méthode scientifique.
Télérama : C’est ce qui fait à la fois la modestie et la morgue de votre travail : vous partez du détail, mais avec beaucoup d’audace…
François Bégaudeau : J’aime bien morgue et modestie, c’est un truc qui va bien au rock aussi. Un rocker, c’est toujours un mélange d’immense arrogance et de grande fébrilité. Moi aussi."
Kitty,
Tes textes de la Nouvelle "d'Alex et moi" en sont de superbes illustrations écrites !
Le moindre détail de l’attitude, de l’expression, des gestes… de tes personnages font que je suis projetée transportée dans ton regard le regard du narrateur. Je viens de "passer" une tête sur ton blog avant de poster ce message mis en réserve "en brouillon" et...! magie, j'y trouve la fin "d'Alex et moi"... j'y retourne !
24 avril 2006
Tant de choses à dire…
… « J’ai l’impression d’avoir tant de choses à dire. Trop de choses. Je n’arrive pas à exprimer ce que j’éprouve vraiment. Parfois, il me semble que le monde entier a élu domicile en moi et me demande d’être son porte-parole. Je ressens… ah, comment décrire ça ? j’en ressens toute la grandeur mais, dès que j’ouvre la bouche, je bredouille comme un bambin. C’est une tâche ardue de transmuer la sensation en langage, écrit ou parlé, et de la transmettre sans l’affadir au lecteur ou à l’auditeur. Une noble tâche. Voyez, j’enfouis mon visage dans l’herbe et les senteurs qui emplissent mes narines me communiquent des milliers d’images et de pensées. C’est l’odeur de l’univers que je respire. J’en sais les chansons et les rires, les joies et les peines, les combats et la mort. Je voudrais pouvoir dépeindre pour vous et pour le monde, les visions que fait naître en moi l’odeur de l’herbe. Mais comment faire ? »...
Jack London
Martin Eden
Extrait
Ce texte, j’aurais aimé l’écrire.
L’envie me chatouille de lancer un nouveau et double jeu :
1- De qui est ce texte ? Posez-moi des questions, je vous donnerai des indices !
2- Si cela vous tente, faites-nous partager les visions que fait naître en vous votre odeur préférée…
15 mai 2006
Le romancier, l'inconnu, le voyageur…
"L’âge aidant, le romancier finit par comprendre que l’inconnu, qui est lui-même, écrit tout simplement l’histoire de son âme. Il a pour cela son langage, ses ruses, ses silences. Les fables qu’il imagine font partie d’un vaste ensemble d’allusions fugitives et d’énigmes indéchiffrables. Tout en livrant son secret, il le déguise. Il veut raconter, c’est sa vocation et la raison de sa mystérieuse présence, mais il ne veut pas être compris trop vite de celui dont il guide la main, car alors le romancier se réveillerait. L’homme qui croit écrire des romans marque sans le savoir les jalons de sa destinée. Avec ses effrois, ses faims et son indomptable espoir qui a raison de toute logique, le voyageur s’est mis en route sous l’œil de l’ennemi. Mais la forêt de ce monde n’est pas si épaisse qu’il ne puisse rêver d’en sortir, pourvu qu’il marche toujours droit devant lui, dans l’ombre, la pénombre ou le demi-jour."
Julien Green
Le Visionnaire
préface de la réédition1975
Une pensée particulière pour Ségolène...
23 mai 2006
Chemins de poussière rouge…
Je dédicace ce message à Olivier et ses Chemins de poussières…
Ma Jian, né en Chine
Exilé à Hong Kong dans les années quatre-vingt, puis en Europe, il est retourné dans son pays pour une odyssée de trois ans, en quête de lui-même et en a rapporté un livre éblouissant, Chemins de poussière rouge Editions de l'aube (juin 2005),
Pour Gao Xingjian, prix Nobel de littérature, "une des voix les plus courageuses et importantes de la littérature chinoise actuelle"
Ma Jian ne parle que chinois, sa jeune traductrice nous a cependant fait profiter de son humour…
"Pour moi, l’ouverture de la Chine se fait non pas par la politique mais par les femmes…
La Chine est comme une boîte de haricots prête à exploser… Le narrateur auteur aussi !
J’ai toujours pensé qu’on pouvait trouver son chemin avec les pieds… En fait c’est surtout avec son cœur !"
Propos recueillis au Festival Étonnants Voyageurs
Saint-Malo – Palais du Grand Large
Café littéraire du 6 mai 2005
06 juillet 2006
Le langage...
Les enfants font confiance au langage. Ils sont ouverts au pouvoir et à la beauté du langage, ce en quoi ils diffèrent de leurs aînés dont la plupart s’imaginent avoir percé le secret des mots, de sorte qu’une grande part de magie leur est perdue.
La Création dit à l’enfant : « Crois en cet arbre, car il a un nom. »
N. SCOTT MOMADAY
« Les Noms »
Extrait
Dans le monde de l’homme blanc, le langage et la conception qu’il en a forgée, le langage donc, a suivi un processus impliquant de nombreuses variations. L’homme blanc considère les mots et la littérature comme des choses allant de soi, et c’est bien normal de sa part puisque, dans son univers, rien n’est plus banal. De tous côtés, les mots l’environnent, des millions de mots en une succession infinie de brochures imprimées, de lettres, de livres, de notes, de bulletins, de commentaires et de conversations. À force de diluer le verbe, il l’a multiplié, et les mots ont commencé à l’encercler de toutes parts. Il en est tellement repu que le voici devenu comme insensible ; sa considération pour le langage – et donc pour le verbe lui-même – en tant qu’instrument créatif s’est tant amenuisée que le voici presque parvenu au point de non-retour. Peut-être même périra-t-il par le verbe. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi, ni avec lui, ni avec vous. Considérez un seul instant l’exemple de cette vieille femme kiowa, ma grand-mère, dont l’usage de la langue se trouvait réduit à l’oralité. Eh bien, soyez certain que l’attention qu’elle prêtait aux mots s’apparentait à des remèdes ; ils étaient magiques et invisibles, ils surgissaient du néant et se transformaient en sonorités, en significations. Ils étaient inestimables : on ne pouvait ni les acheter ni les vendre. Et croyez bien qu’elle a toujours pris garde de n’en pas gaspiller un seul.
N. SCOTT MOMADAY
«L’homme fait de mots»
Extrait
À chaque nouvelle publication depuis La Maison de l’aube, prix Pulitzer 1969, N. Scott Momaday, Indien kiowa, confirme sa place de premier plan parmi les auteurs amérindiens mais aussi américains, Professeur de littérature à l’université de l’Arizona, peintre, dramaturge, N. Scott Momaday est souvent appelé à donner des conférences dans le monde entier.
15 juillet 2006
Vacances...immobiles et nomades...
Cet été, je ne bouge pas et pourtant !...
Chaque jour, pendant un mois, je vais vous «poster une carte postale». Le texte, de chacune de ces cartes postales, sera le premier paragraphe, la ou les premières phrases (plus copieux qu’un incipit !) d’ un livre lié au Voyage, sous toutes ses formes…
Vos commentaires seront autant de cartes postales que je recevrai de vos voyages réels ou imaginaires…
Carte postale n° 1...
Je me souviens de mes vingt ans et, lorsque j’ai retrouvé mon quartier, « le Jardin du Roy », j’avais reçu le baptême du désert et compris que nous ne sommes pas une moyenne mais une addition. J’étais tout ensemble et le plus nomade et le plus casanier…
Le Chercheur d’Absolu
Théodore Monod
16 juillet 2006
Carte postale n°2...
Une pensée particulière pour mon amie Anna, à qui je souhaite de faire un voyage au Kenya !
« Ainsi donc, vous nous proposez d’aller dénicher en Afrique un éléphant sauvage et lui passer la main sur le dos. »
Avec un geste de dégoût, je jetai ma cigarette dans la mer Rouge. On en venait toujours à des conclusions de ce genre, quand j’essayais de m’expliquer ; mais cette fois, je m’étais vraiment attendue à autre chose, et j’en fus déçue…
Un thé chez les éléphants
Retour au Kenya
Vivienne de Watteville
17 juillet 2006
Carte postale n° 3...
Le soleil et moi étions levés depuis longtemps quand je me souvins que c’était le jour de mon anniversaire, et du melon acheté dans le dernier bazar traversé la veille au soir. Je m’en fis cadeau, le curai jusqu’à l’écorce et débarbouillai mon visage poisseux avec le fond de thé qui restait dans ma gourde.
J'avais dormi d'un trait à côté de la voiture sous un arbre pipal solitaire face aux dunes jaunes qui bordent le détroit d'Adam et à la mer pommelée de moutons blancs. La descente de l'Inde avait été une merveille. Aujourd'hui j'allais quitter ce continent que j'avais tant aimé. La matinée était chargée de présages et plus légère qu'une bulle...
Le poisson-scorpion
Nicolas Bouvier
18 juillet 2006
Carte postale n° 4...
J’ai économisé sou par sou et soudain j’ai tout dépensé dans un grand et merveilleux voyage en Europe, et autres lieux ; et alors je me suis senti léger et… gai…
Le vagabond américain en voie de disparition
Jack Kerouac






