« Volupté des préparatifs »
Le voyage de Paul MORAND (Éditions du Rocher, 1994)
Ce n’est pas la destination qui compte car la seule intention de partir réveille chez Paul Morand l’imaginaire assoupi et l’enflamme. L’élan du départ, les préparatifs plongent notre insatiable voyageur dans un état d’effervescence poétique. Pour lui « aucun voyage n’est aussi beau que ceux dont on rêve ». L’attente fébrile, le désir de celui qui part, c’est l’étape du « rêve ».


« Un être rencontré, un mot cueilli au passage, et voici que germe l’idée de partir ; parfois elle attend des années, dans l’ombre, son heure. Parfois, l’on joue à préparer une impossible fuite, en sachant bien qu’on ne s’y donnera pas, et l’on est surpris de voir qu’on a déclenché automatiquement une machine dont on n’est plus le maître…
Aucun voyage n’est aussi beau que ceux dont on rêve…
Volupté des premiers préparatifs.
Renseignements furtifs dans les agences…
La chambre du futur voyageur est déjà pleine de photographies, d’images de glaciers, de sapins, de déserts, de civilisations en ruine, de coutumes primitives, de drapeaux étrangers, de soleils de minuit, de casques et de chapeaux.
Il achète des livres…
Les contrées qu’il va visiter, et dont il connaissait hier à peine le nom, prennent soudain de l’importance et viennent se placer au premier plan…
On pourrait écrire une nouvelle dont le héros, séduit par cette première expérience, plus poétique que le voyage lui-même, s’épuiserait à essayer de partir. »