Tout le monde part et moi je reste !…
Alors je vous poste des « cartes postales » dont les textes sont extraits du livre « LE GOÛT DU VOYAGE » collection « Le petit mercure » de MERCURE DE FRANCE

« La route, la véritable demeure » de Matsuo BASHO (1644-1694), maître du haïku.
Un bâton à la main, coiffé d’un large chapeau, du manteau en papier du pèlerin, d’une écritoire et d’une plume, il part pour un voyage de cinq mois pour la « terre du bout des routes », chemin étroit vers les contrées du Nord. Ce récit est un journal de voyage, qu’il entremêle de délicats poèmes. Conscient que la beauté des choses et des êtres est fugace et soumise à l’altération du temps, BASHO nous emmène sur un chemin erratique et poétique afin de saisir l’essence des choses.


« Les jours et les mois s’égrènent, passants fugaces. Les années qui surviennent et s’en vont voyagent elles aussi. Notre vie même est un voyage ; quant à ceux qui la passent à naviguer, ou ceux dont les cheveux blanchissent à mener leur attelage, la route n’est-elle pas leur véritable demeure ? Sans oublier les poètes d’autrefois qui, nombreux, trouvèrent la mort au cours d’une longue errance.
Pour moi aussi un jour vint où la liberté des nuages chassés par le vent m’incita à partir pour aller vagabonder le long des côtes sauvages de Ki. Quand, de retour, je retrouvai ma cahute au bord de la rivière, l’été était déjà fini, et le temps que j’en balaie les toiles d’araignées, l’année arrivait à son terme.
Le printemps et ses ciels brumeux me trouvèrent démangé par l’envie de reprendre la route et d’aller passer la barrière de Shirakawa, les dieux du Voyage me faisaient signe et je ne tenais plus en place. Je ravaudai donc mes braies, passai un cordon neuf à mon chapeau et, tout en brûlant des moxas sur mes genoux pour les fortifier, je croyais déjà voir la lune monter sur Matsushima.
Je vendis ma cabane pour m’installer dans un pavillon où mon disciple Sampû m’hébergea, mais avant de quitter mon logis, je traçai sur une banderole ce poème que je fixai au pilier :

Cette cahute d’ermite
ne sera plus jamais pareille
maison de poupées !  »