02 juillet 2006
Portrait esquissé...
En réponse à Kitty…
Nina, viens ici !
Nina se balance sur une jambe puis sur deux.
Nina, je t’attends !
Nina balance tout le temps entre courir vers sa maman ou foutre le camp.
Nina n’est pas qu’une toute petite fille. Elle a de grands sentiments. On ne fait pas souffrir une maman. Dans sa poche, Nina met son vrai sentiment et son mouchoir en même temps.
Nina, où vas-tu ?
Nina baisse la tête, on pourrait lire dans ses yeux : "Je fous le camp !" Ça ne se dit pas, surtout pas à cette maman.
Un jour Nina fugua, pour quelques minutes, pour quelques heures, pour un jour, pour un mois, pour un an, pour plus longtemps…
De plus en plus loin de l’amour… Car il s’agit d’amour entre une maman et son enfant ! Nina trouve que l’amour c'est étouffant. Nina n’aime pas être aimée. Pas comme ça.
Nina aime le vent, les arbres, les forêts, la mer, les vagues, les montagnes, les oiseaux, les animaux…
La nature sauvage aime Nina. Nina aime ça…
06 juillet 2006
Le langage...
Les enfants font confiance au langage. Ils sont ouverts au pouvoir et à la beauté du langage, ce en quoi ils diffèrent de leurs aînés dont la plupart s’imaginent avoir percé le secret des mots, de sorte qu’une grande part de magie leur est perdue.
La Création dit à l’enfant : « Crois en cet arbre, car il a un nom. »
N. SCOTT MOMADAY
« Les Noms »
Extrait
Dans le monde de l’homme blanc, le langage et la conception qu’il en a forgée, le langage donc, a suivi un processus impliquant de nombreuses variations. L’homme blanc considère les mots et la littérature comme des choses allant de soi, et c’est bien normal de sa part puisque, dans son univers, rien n’est plus banal. De tous côtés, les mots l’environnent, des millions de mots en une succession infinie de brochures imprimées, de lettres, de livres, de notes, de bulletins, de commentaires et de conversations. À force de diluer le verbe, il l’a multiplié, et les mots ont commencé à l’encercler de toutes parts. Il en est tellement repu que le voici devenu comme insensible ; sa considération pour le langage – et donc pour le verbe lui-même – en tant qu’instrument créatif s’est tant amenuisée que le voici presque parvenu au point de non-retour. Peut-être même périra-t-il par le verbe. Cependant, il n’en a pas toujours été ainsi, ni avec lui, ni avec vous. Considérez un seul instant l’exemple de cette vieille femme kiowa, ma grand-mère, dont l’usage de la langue se trouvait réduit à l’oralité. Eh bien, soyez certain que l’attention qu’elle prêtait aux mots s’apparentait à des remèdes ; ils étaient magiques et invisibles, ils surgissaient du néant et se transformaient en sonorités, en significations. Ils étaient inestimables : on ne pouvait ni les acheter ni les vendre. Et croyez bien qu’elle a toujours pris garde de n’en pas gaspiller un seul.
N. SCOTT MOMADAY
«L’homme fait de mots»
Extrait
À chaque nouvelle publication depuis La Maison de l’aube, prix Pulitzer 1969, N. Scott Momaday, Indien kiowa, confirme sa place de premier plan parmi les auteurs amérindiens mais aussi américains, Professeur de littérature à l’université de l’Arizona, peintre, dramaturge, N. Scott Momaday est souvent appelé à donner des conférences dans le monde entier.
09 juillet 2006
Portrait esquissé (suite)...
À Ségolène... In extremis...
Nina ne craignait pas les serpents, au contraire.
Pourquoi au contraire ? lui murmura une petite voix intérieure.
Ils ne m’ont rien fait. Bien que… Nina resta songeuse.
Bien que quoi ? reprit la petite voix.
Nina n’avait pas besoin de fouiller bien loin, tout était encore en surface dans sa mémoire. Pourquoi sa mère avait-elle si peur des serpents ? Le mot, lui-même, était interdit. Quant aux images, n’en parlons même pas.
Si, parlons en justement...
C’était terrible, Nina parla à haute voix.
Tu peux m’en dire plus, susurra la petite voix.
Une fois de plus, sous le coup de l’émotion, Nina resta muette – sans parole – pire sans mot.
Alors, dessine…
Mais la main aussi se trouvait paralysée.
Que dire d’une mère dont la seule évocation d’un serpent, la faisait sombrer dans une crise que Nina mit tant d’années à nommer crise de folie.
Crise de folie, tu y vas un peu fort, non ?
Il n’y avait pas que les serpents, l’orage aussi.
Tu veux dire que les serpents et l’orage la rendaient folle.
Oui, enfin elle n’était plus elle-même, elle sortait de ses gonds.
On dit ça d’une porte !
Oui, c’est ça, une porte qui claque alors qu’on y a laissé ses doigts.
Ouille ! Ça fait mal.
Ça fait très mal.
Et après ?
Ça laisse des cicatrices.
Les serpents et la foudre peuvent être mortels…
La vie a été plus forte. D’ailleurs… Nina aime les serpents comme tous les autres animaux… Nina aime aussi l’orage.
15 juillet 2006
Vacances...immobiles et nomades...
Cet été, je ne bouge pas et pourtant !...
Chaque jour, pendant un mois, je vais vous «poster une carte postale». Le texte, de chacune de ces cartes postales, sera le premier paragraphe, la ou les premières phrases (plus copieux qu’un incipit !) d’ un livre lié au Voyage, sous toutes ses formes…
Vos commentaires seront autant de cartes postales que je recevrai de vos voyages réels ou imaginaires…
Carte postale n° 1...
Je me souviens de mes vingt ans et, lorsque j’ai retrouvé mon quartier, « le Jardin du Roy », j’avais reçu le baptême du désert et compris que nous ne sommes pas une moyenne mais une addition. J’étais tout ensemble et le plus nomade et le plus casanier…
Le Chercheur d’Absolu
Théodore Monod
16 juillet 2006
Carte postale n°2...
Une pensée particulière pour mon amie Anna, à qui je souhaite de faire un voyage au Kenya !
« Ainsi donc, vous nous proposez d’aller dénicher en Afrique un éléphant sauvage et lui passer la main sur le dos. »
Avec un geste de dégoût, je jetai ma cigarette dans la mer Rouge. On en venait toujours à des conclusions de ce genre, quand j’essayais de m’expliquer ; mais cette fois, je m’étais vraiment attendue à autre chose, et j’en fus déçue…
Un thé chez les éléphants
Retour au Kenya
Vivienne de Watteville
17 juillet 2006
Carte postale n° 3...
Le soleil et moi étions levés depuis longtemps quand je me souvins que c’était le jour de mon anniversaire, et du melon acheté dans le dernier bazar traversé la veille au soir. Je m’en fis cadeau, le curai jusqu’à l’écorce et débarbouillai mon visage poisseux avec le fond de thé qui restait dans ma gourde.
J'avais dormi d'un trait à côté de la voiture sous un arbre pipal solitaire face aux dunes jaunes qui bordent le détroit d'Adam et à la mer pommelée de moutons blancs. La descente de l'Inde avait été une merveille. Aujourd'hui j'allais quitter ce continent que j'avais tant aimé. La matinée était chargée de présages et plus légère qu'une bulle...
Le poisson-scorpion
Nicolas Bouvier
18 juillet 2006
Carte postale n° 4...
J’ai économisé sou par sou et soudain j’ai tout dépensé dans un grand et merveilleux voyage en Europe, et autres lieux ; et alors je me suis senti léger et… gai…
Le vagabond américain en voie de disparition
Jack Kerouac
19 juillet 2006
Carte postale n°5...
Le 7 avril 1833, jour anniversaire de ma naissance, fut celui de notre départ. J’éprouvais une telle agitation à l’approche de ce moment que, depuis trois nuits, je ne pouvais goûter une heure de sommeil. J’avais le corps brisé : je me levai toutefois avec le jour, afin d’avoir le temps de terminer tous mes préparatifs. Cette occupation calma l’émotion fébrile que me causait ma pensée...
Pérégrinations d’une paria
Flora Tristan*
* Grand-mère d'un petit fils célèbre... Paul Gauguin !
20 juillet 2006
Carte postale n°6...
Un enfant faisait un cauchemar et se mit à hurler. Je m’éveillai. Tandis que j’émergeais lentement des profondeurs du sommeil, ainsi qu’un plongeur du fond des eaux, l’écho de ses cris assourdissants se répercutait à travers les couloirs de l’hôtel. Ces cris perçaient au-dehors par le balcon, jusqu’à la cour en contrebas, et s’infiltraient dans la ville endormie et à demi ensablée sous la lune, pour mourir plaintivement parmi les dunes qui s’étageaient au Sud et à l’Est. Je repris conscience au son de la voix du père apaisant les angoisses de l’enfant. La nuit s’enveloppa à nouveau de silence. Mais le repos était rompu…
Dans un jour ou deux, je devrais quitter cette chambre, avec ce qu’elle représentait de sécurité et de confort, m’enfoncer à travers les dunes, par-delà la mosquée, vers le vide épouvantable qui s’étendait à l’Est sur plus de 5000 kilomètres…
Au bout de la peur
Geoffrey Moorhouse
21 juillet 2006
Carte postale n° 7...
Il se réveilla, ouvrit les yeux. La chambre ne lui rappelait rien ; il était encore trop plongé dans le non-être dont il émergeait à peine ; Il n’avait ni le désir ni l’énergie de situer sa position dans l’espace et dans le temps. Il était quelque part ; il revenait des vastes régions du néant…
Un thé au Sahara
Paul Bowles






